Journal spiritain du camp de réfugiés de Nyarugusu, juin 2016

Début mai de cette année, nous avons été surpris par l’arrivée d’un important flux de réfugiés du Burundi, qui arrivaient en Tanzanie à cause de la crise politique et des violences qui s’en suivaient dans le pays.

Des centaines de femmes, d’enfants et d’hommes, surtout du sud du Burundi, sont passés en Tanzanie et se sont établis à Kagunga, un petit village entouré d’un côté par les montagnes et de l’autre par les eaux du lac Tanganyika. En peu de temps le nombre de réfugiés est passé à des milliers. Le village en a été mis fragilisé; le grand nombre de réfugiés nécessitait des services sociaux. Nourriture, santé, soins et logement, tout devenait trop petit pour tant de monde. Le manque d’hygiène a provoqué le choléra, et des centaines de personnes en sont mortes.

En collaboration avec l’UNHCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés), le gouvernement tanzanien a mis à disposition des navettes pour transporter une partie des réfugiés de Kaguna à la ville de Kigoma. Cela s’est fait durant environ trois semaines. Pour un temps, les réfugiés étaient installés dans le stade du lac Tanganyika, et les malades étaient soignés à l’hôpital de Kigoma. D’autres Burundais sont arrivés en Tanzanie, par la route, dans le nord-ouest, et beaucoup ont été accueillis au camp de Nyarugusu. Je pense que cela était dû au fait que là il y avait des installations disponibles. Nyarugusu accueille déjà plus de 55000 réfugiés de la République Démocratique du Congo. Mais le transfert vers Nyarugusu de réfugiés burundais récemment arrivés continue. De nombreux bus ont été réquisitionnés pour amener les gens dans ces camps. Nous sommes heureux d’entendre qu’il y a une diminution du nombre de réfugiés du Burundi. Les derniers chiffres disent qu’il y en a toujours 53000 en Tanzanie.

Nyarugusu est le dernier camp en Tanzanie que l’UNHCR maintient. Les installations, les services, tels l’éducation, la santé, la nourriture, les services sociaux, l’eau et l’environnement, sont administrés par des ONG, qui travaillent sous l’autorité de l’UNHCR. L’existence de ces services et des installations, même insuffisants, ont logiquement facilité l’accueil des réfugiés à Nyarugusu. Grâce à Dieu ce camp existe encore, autrement les choses auraient été bien différentes. Un bon exemple en est que ceux qui arrivaient avec le choléra ont été immédiatement contrôlés et soignés, parce que des services sanitaires étaient sur place. D’autres ONG ont aussi donné un coup de main.

D’autre part, amener des réfugiés à Nyarugusu a aussi créé des problèmes. Par exemple, des écoles ont été fermées et les salles de classe ont été réquisitionnées pour les arrivants. Des églises ont été arbitrairement transformées en abris pour les réfugiés; de nombreuses familles ont été mises ensemble sous de grandes tentes montées à même le sol. Ainsi l’activité habituelle et normale a été stoppée. Les ONG ont heureusement monté des tentes pour chaque famille. Selon les informations d’un représentant du gouvernement, les nouveaux arrivants seront portés de Nyarugusu vers un autre lieu, déjà identifié, mais nous ne savons pas encore quand cela se fera.

Pour notre part, nous poursuivons nos activités comme d’habitude, mais le nombre de gens à servir a notablement augmenté. La situation au Burundi est encore instable et nos conditions sont incertaines; c’est pourquoi nous ne pouvons pas dire quel sera notre avenir. Nous continuons à accueillir les réfugiés, nous prions avec eux et leur donnons tous les services pastoraux nécessaires. Nous nous rendons le plus disponibles possible et leur sommes présents. Par chance, certains ont vécu dans le camp de Mutabila, où nous avons assuré du service il y a quelques années; il étaient nos paroissiens, et nous retrouvons des connaissances.

Je rêvais de les retrouver dans un cadre meilleur et plus humain, non dans un camp de réfugiés. Souvent je me dis : mon Dieu quand est-ce qu’une telle situation va finir ? Jusqu’à quand ces pauvres gens devront-ils encore fuir ? Ne devrions-nous pas trouver une solution durable à cette tragédie humaine en Afrique de l’Est ?

Nous demandons pardon à Dieu. Nous sommes tous des humains et ce qui fait souffrir les humains fait aussi souffrir Dieu.

Priez pour nous.

Frère Mariano CSSP

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