Bagamoyo et les Spiritains

Florentine Mallya, C.S.Sp.
Article tiré de « Spiritan Horizons », Automne 2011

Zanzibar, un tremplin pour l’Afrique de l’Est

L’histoire de la présence à Bagamoyo[i] de la Congrégation du Saint-Esprit sous la Protection du Saint-Cœur de Marie (Spiritains)[ii] est intimement liée à Zanzibar, où ils ont pour la première fois touché le sol de l’Afrique de l’Est.

Zanzibar était à l’époque un centre régional pour les affaires. Les Américains du Nord étaient déjà là depuis 1832 pour le commerce du coton, qu’on produisait à très bon marché à partir des plantations, grâce aux esclaves venus pour la plupart de l’Afrique de l’Ouest. A partir de 1841, les Français et les Anglais étaient là aussi, de même qu’une compagnie de commerce allemande, Wim O’Sewald & Co., faisant le commerce de vêtements, de perles, de fer suédois, de poudre pour le cobalt, de clous de girofle et d’ivoire[iii]. Plusieurs explorateurs européens du XIXe siècle, comme Livingstone, Roscher, Speke et Burton, sont passés par Zanzibar pour aller à l’intérieur du continent ou en en revenant. Le fameux marché d’esclaves de Zanzibar était florissant. Un célèbre Zanzibarais, TippoTip, installé au Congo, fit fortune dans ce commerce. Il possédait 7 plantations et 10 000 esclaves à Zanzibar. Plusieurs trafiquants indiens et arabes avaient été attirés à Zanzibar par ce commerce d’esclaves, d’épices et d’ivoire[iv].

Il est bien connu que le Sultan Sayyid Said avait transféré sa capitale d’Oman à Zanzibar surtout à cause de ses intérêts pour les affaires. Selon Mapunda : « Son empire s’est développé à partir du clou de girofle et des plantations de noix de coco dans les îles, ainsi que du commerce des esclaves et de l’ivoire sur le continent »[v]. La survie de l’empire de Sayyd Said avait grandement besoin du continent, de sa population et de ses ressources. Mapunda ajoute :

Zanzibar ne pouvait pas se suffire à elle-même économiquement sans le continent. Par exemple, la noix de coco et surtout et les plantations de clous de girofle nécessitaient le travail des esclaves; la classe des commerçants et de l’élite politique créée à Zanzibar avait besoin d’esclaves; et le commerce d’exportation que Sayyid Said avait mis en place avait besoin de l’ivoire et d’esclaves comme matières principales, les deux venant exclusivement du continent[vi].

Le nombre de personnes réduites à l’esclavage en Afrique de l’Est durant le XIXe siècle est estimé à 1 514 000. De ce nombre, 51,7% furent retenus en Afrique de l’Est, principalement pour les plantations d’épices dans les îles de Zanzibar et de Pemba, et aussi pour les plantations de noix de coco des Arabes sur le continent. D’autres furent transportés en bateau vers différentes destinations : 23,3% vers l’Arabie, la Perse et l’Inde; 18,6% vers l’Afrique du Sud-Est et 6,4% vers îles françaises de la Réunion et de Maurice[vii]. Derrière les statistiques il y a des personnes bien réelles, qui ont enduré des souffrances inimaginables et une cruauté déshumanisante, puisqu’ils étaient réduits à de la pure marchandise. Dans son journal[viii], Livingstone, docteur et missionnaire, a rappelé l’horreur du trafic d’esclaves. Ce fut avant tout une dévastation de grande portée des structures sociales, politiques et économiques traditionnelles. C’est en ce moment historique que sont arrivés les missionnaires chrétiens.

 

Le plan de Mgr Maupoint

L’arrivée des Spiritains à Zanzibar en 1863 avait été précédée par celle du clergé diocésain de La Réunion, qui arrivèrent en 1860. Des milliers d’esclaves étaient vendus aux colons français de La Réunion pour travailler dans les plantations de canne à sucre et de café. Quand l’évêque de Saint-Denis, Mgr Armand René Maupoint, apprit la nouvelle tragique des conditions de vie misérables des esclaves en Afrique de l’Est, il décida de les aider. Il eut l’idée de combattre le mal de l’esclavage directement à partir du continent des esclaves. C’est pour cette raison que Rome, en reconnaissance de son engagement missionnaire, le nomma Préfet apostolique de Zanzibar en 1862. Pour la réalisation de ce plan, Zanzibar était d’une importance stratégique à cause de sa position centrale et de sa proximité du continent de l’Afrique de l’Est. En 1858, Mgr Maupoint envoya son Vicaire général, le Père Armand José Fava à Zanzibar pour faire ce que nous appelons de nos jours une étude de faisabilité pour une nouvelle mission. Le 22 décembre 1860 est une date historique, puisque c’est le jour où arrivèrent à Zanzibar, pour commencer l’évangélisation de l’Afrique de l’Est, le Père Fava, avec deux autres prêtres, un chirurgien de la marine française, quelques artisans et six Sœurs de la Congrégation des Filles de Marie, connues aussi sous le nom de Filles de Marie de La Réunion[ix]. Le Père Fava mit la mission en route avec une claire “description des tâches” basée sur le plan de Mgr Maupoint, celle de « combattre l’esclavage à sa racine, de donner une rançon pour autant d’esclaves que possible, de les former dans des écoles et des colonies agricoles et de les amener au christianisme »[x].

Malgré le succès du travail de la mission à Zanzibar, ils n’oublièrent pas l’objectif principal qui était d’aller sur la terre natale des esclaves. Zanzibar restait pour eux un tremplin pour le continent. Le Père Fava alla plusieurs fois à Bagamoyo, à la recherche d’un endroit approprié pour l’étape suivante. Il a même acheté un lopin de terre à Bagamoyo[xi]. Au bout de deux ans, le travail était devenu écrasant; on avait besoin d’une congrégation religieuse ayant l’expérience de l’Afrique. C’est à ce moment précis que les Spiritains sont apparus en Afrique de l’Est. Ils travaillaient à La Réunion depuis 1839. Le Père Alexandre Monnet, qu’on appelait « le Père des Noirs », et le Père Frédéric Levavasseur étaient bien connus à La Réunion comme les avocats des droits des esclaves. Quand arriva le temps de passer le relais, à Zanzibar, le choix de Mgr Maupoint porta naturellement sur les Spiritains.

Arrivée des Spiritains en Afrique de l’Est

Après une négociation serrée et non sans réticence, le Père Ignace Schwindenhammer, Supérieur général des Spiritains, signa un accord le 24 août 1862[xii]. Cependant, Zanzibar restera sous la juridiction du diocèse de Saint-Denis jusqu’en 1872. Le 16 juillet 1863, les premiers Spiritains arrivèrent à Zanzibar : les Pères Anthony Horner et Étienne Baur, les Frères Célestin et Félicien, ainsi que deux jeunes religieuses.

La mission de Zanzibar s’est développée grâce au dévouement désintéressé des religieuses et de l’infatigable zèle apostolique des Spiritains. En ce temps-là, l’Île de Zanzibar était profondément immergée dans le commerce des esclaves. Le principal apostolat des missionnaires fut donc celui de les libérer en payant leur prix d’achat. Puis, les esclaves libérés étaient installés dans des Villages de la Liberté, formés et, s’ils le voulaient, initiés à la foi chrétienne. Exactement comme les commerçants d’esclaves, les Spiritains se présentaient au marché et prenaient part au marchandage, mais avec un objectif différent. En payant leur rançon au marché d’esclaves (là où s’élève actuellement la cathédrale anglicane), ils gardaient un œil sur le continent. La vision du Père Horner était de fonder des villages chrétiens. Plus tard fut réalisée tard à Bagamoyo, ce qui en réalité a été son idée : lorsque les esclaves seront devenus chrétiens et se seront mariés, ils deviendront des missionnaires pour leur propre peuple à l’intérieur du pays. Depuis le début, ces pionniers spiritains avaient deux objectifs principaux : payer la rançon pour libérer les esclaves de l’asservissement, et établir l’Église en Afrique. C’est avec ce projet en tête que les Pères Horner et Baur firent plusieurs voyages de reconnaissance sur le continent[xiii] et finalement décidèrent de s’installer sur la côte à Bagamoyo[xiv].

Bagamoyo, une porte vers l’intérieur

En 1868, on décida de déménager le Village de la Liberté. Les Spiritains traversèrent les 45 km de mer de Zanzibar à Bagamoyo[xv], ville qui deviendra alors la porte d’entrée pour l’évangélisation du continent, puisque la Préfecture de Zanzibar s’étendait du Cap Guardafui au nord, à la pointe de la corne de l’Afrique, jusqu’au Cap Delgado, vers le sud de la côte Est, juste à l’intérieur du Mozambique, sans qu’il y ait de frontière du côté de l’ouest[xvi].

Le 4 mars 1868, le Père Horner commença à Bagamoyo la première mission sur le continent en Afrique de l’Est. Ce fut la première mission spiritaine sur la côte Est de l’Afrique; en ce temps-là, sur la côte Ouest, des missions spiritaines n’avaient été ouvertes qu’au Sénégal, en Gambie et au Gabon. Grâce à Seyyid Majid bina Said, Sultan de Zanzibar et fondateur de Dar es Salam, les spiritains purent acquérir un grand lopin de terre à plus ou moins 500 mètres au nord de la ville. Le 16 juillet 1868, tout était prêt pour la consécration de la nouvelle mission; le terrain avait été nettoyé et aplani; une maison avait été construite et une croix érigée « au nom de l’Église, de la Congrégation, et… de la France catholique…[xvii] ». L’objectif du Père Horner devenait alors celui de déménager les principales œuvres une par une à Bagamoyo, en commençant par l’école d’agriculture et de technologie, l’orphelinat et l’école primaire. Le 10 décembre 1868, quelques Frères spiritains déménagèrent avec 50 jeunes hommes de Zanzibar à Bagamoyo pour transformer le terrain de la mission en terre arable. Le 14 novembre 1869, sept religieuses déménageaient aussi à Bagamoyo avec 46 filles et jeunes femmes. En plus d’être un tremplin pour l’intérieur, le transfert à Bagamoyo a aussi été fait pour des raisons pratiques, car il était virtuellement impossible de garder tous les adeptes à Zanzibar, où les dépenses journalières étaient trop élevées. Les anciens esclaves ne pouvaient aller nulle part et il n’y avait pas assez de travail pour les entretenir. De plus, les Spiritains pensaient que l’ambiance générale de l’Île ne favorisait pas la vie chrétienne. Il n’y avait pas d’autre choix que celui de déménager.

Les méthodes pastorales

C’est à Bagamoyo que le Village de la Liberté devint Village de la Liberté Chrétienne. Les Spiritains voyaient dans ce village la meilleure occasion pour amener les esclaves au christianisme, pour les protéger de l’influence musulmane et d’un possible retour à l’esclavage. Henschel considère ce changement comme la première méthode pastorale adoptée par les Spiritains. Elle mit en pratique la vision du Père Horner. Henschel fit une analyse détaillée des entrées dans les « Registres des Baptêmes » et les « Registres des Mariages » de la Mission de Bagamoyo[xviii]. Il met en lumière d’intéressants détails qui nous aident à en savoir davantage sur la vie et les résidents du village chrétien. Par exemple, les missionnaires ne forçaient pas les esclaves rachetés à se faire baptiser. De plus, le fait que presque tous les témoins aux mariages et aux baptêmes signaient les documents de leur propre main, et lisiblement, est une claire preuve qu’ils avaient obtenu une bonne éducation de base. Les esclaves libérés venaient de différentes parties de l’Afrique de l’Est, de plusieurs origines ethniques et de différents milieux linguistiques; ils étaient donc totalement déracinés de leur milieu culturel. La vie dans le village, bien qu’imparfaite, les aidait cependant à créer un réseau de relations sociales malgré leur diversité. Le rythme de la vie quotidienne était organisé autour du travail, de la prière en commun, de la célébration des sacrements et des fêtes religieuses. Tous les résidents du Village chrétien étaient formés dans un large éventail de connaissances et gagnaient même leur vie comme jardiniers, tailleurs, charpentiers, maçons, imprimeurs, etc. De cette façon, les Spiritains essayaient de donner une vie stable à ces anciens esclaves déracinés et de les introduire non seulement à la culture chrétienne, mais aussi à une certaine interculturalité. Un bon exemple de cela est le fait que les anciens esclaves devaient apprendre une langue commune, le swahili, pour communiquer les uns avec les autres et avec le monde en dehors du village.

Ceux qui devenaient adultes étaient libres de se marier et de construire leur avenir. Les missionnaires choisissaient les meilleurs parmi les jeunes chrétiens mariés du Village chrétien pour former des noyaux de communautés chrétiennes à l’intérieur de l’Afrique de l’Est; ils devenaient des missionnaires laïques auprès d’autres Africains. Cette méthode pastorale a été bien représentée par le peintre local de Morogoro dans une peinture murale derrière l’autel de l’église principale de Bagamoyo. Il est évident que les jeunes couples chrétiens de Bagamoyo travaillaient main dans la main avec les Spiritains dans leur progression vers l’intérieur. Pour renforcer une communauté récemment fondée à Kilema, à Moshi, un noyau de 18 familles furent amenées de Bagamoyo en 1883[xix]. On peut en dire autant pour plusieurs des premières missions fondées par les Spiritains à l’intérieur. Il y a plus d’un an, en creusant au cimetière de la Paroisse Saint-Austin à Nairobi, des travailleurs tombèrent sur des squelettes qu’on croit être les restes de ces missionnaires laïques qui accompagnaient les Spiritains partout où ils allaient à partir de Bagamoyo.

Par la suite, on s’est interrogé sur la pertinence d’édifier l’Église de l’Afrique de l’Est à partir d’esclaves libérés, qui vivaient dans le cadre renfermé d’un Village chrétien. Des questions ont aussi été posées à propos de la préoccupation qu’avaient les Spiritains de payer la rançon des esclaves. Cette politique n’a-t-elle pas été un obstacle à l’évangélisation des Africains libres, qui n’avaient jamais vécu l’esclavage ?[xx] Ces questions sont sans doute bonnes et pertinentes; elles peuvent être mieux comprises dans leur contexte historique. Ce qui est clair cependant, c’est que l’avenir de l’Église de l’Afrique de l’Est prenait forme déjà à cette étape, dans l’enclave de la Mission de Bagamoyo.

Un changement majeur de stratégie survint en 1883, quand Rome affecta le Père Jean-Marie Raoul le Bas de Courmon au Vicariat apostolique de Zanzibar. Il convoqua un synode diocésain du 2 au 14 septembre 1884 pour discuter des méthodes pastorales. Il en sortit la méthode de la mission à travers les écoles; et ce fut vraiment un tournant. La mise en pratique de cette méthode a été définie par le Père Cado Picarda, qui introduisit un programme de trois ou quatre années pour la lecture et l’écriture en Kiswahili. Il proposa aussi d’ouvrir des écoles partout, ouvertes aussi aux enfants non-chrétiens, et qu’elles proposent la formation aux travaux manuels, à l’agriculture et aux connaissances techniques. Finalement, le Synode approuva ce plan en ajoutant « que des enseignants devaient être formés pour être en même temps de bons catéchistes ». Ce synode fut l’aube d’un avenir plus prometteur, puisque la nouvelle approche pastorale s’avéra très efficace pour l’Église de l’Afrique de l’Est. Par exemple, en 1914, le Vicariat apostolique de Bagamoyo gérait 61 écoles, avec 12 766 élèves et 300 enseignants. Deux ans plus tard, en 1916, le nombre d’étudiants avait presque doublé, avec 23 448 et 390 enseignants[xxi].

Une troisième méthode pastorale vit le jour, celle de développer une Église locale forte. C’est ainsi que les Spiritains donnèrent un solide fondement à l’Église en Afrique de l’Est. Déjà de Zanzibar, le recrutement de candidats africains à la prêtrise avait commencé avec vingt candidats. Le petit séminaire qui existait à Zanzibar fut déménagé à Bagamoyo le 17 février 1869. En 1872, suite à un terrible ouragan, il dut retourner à Zanzibar, où il mourut de mort naturelle[xxii]. Les Spiritains ont aussi cherché à encourager les vocations à la vie religieuse. Six candidats furent envoyés en France pour y être formés, mais un seul revint comme Frère ; lui aussi abandonna malheureusement la Congrégation en 1880.

En 1925, les Spiritains  envoyèrent sept candidats à la prêtrise chez le Pères Blancs à Tabora, parce qu’ils ne pouvaient pas ouvrir eux-mêmes un petit séminaire par manque de personnel. En 1930, le Collège de formation des enseignants et l’école secondaire de Morogoro étaient suffisamment développés pour offrir aux séminaristes une bonne formation académique. On avait cependant encore besoin d’un petit séminaire. L’occasion arriva en 1937 quand on chargea un Spiritain hollandais, le Père Alphonse Loogman, homme de grande expérience académique et missionnaire, de la responsabilité de fonder le nouveau petit séminaire à la Mission d’Ilonga. En 1939, le séminaire fut transféré à Bagamoyo. Pendant dix ans, le Grand Séminaire Saint-Pierre et le petit séminaire Saint-Michel étaient à Bagamoyo. Ce fut cependant une période de grande difficulté à cause de la seconde Guerre mondiale. De l’Europe on ne pouvait attendre aucune aide financière; les sources de revenus dans les missions étaient maigres et peu sûres. De plus, avaient tari les arrivées régulières de forces fraîches en provenance de Hollande. Les séminaristes durent travailler dans l’entreprise voisine Nunge Salt Works, pour subvenir à leurs frais d’entretien, et aller pêcher leur propre nourriture. Les grands séminaristes aidèrent à soulager la lourde tâche du personnel enseignant régulier en prenant soin de la section du petit séminaire[xxiii]. Il a fallu du temps, de la patience et des convictions, pour continuer la noble tâche de former le clergé local au milieu des difficultés et des incertitudes. Les premiers fruits de cette longue persévérance ont été récoltés le 25 février 1946, quand les deux premiers prêtres africains, “pur produits” du petit et du grand séminaire furent ordonnés à la prêtrise par Mgr Hilhorst. Ainsi, les Spiritains ont été fidèles à un des principes missionnaires fondamentaux cher à Libermann, celui de fonder une Église locale en formant un clergé local et d’avoir aussi vite que possible des évêques locaux.

Voici une anecdote : l’évêque de Morogoro en exercice, Mgr Télesphore Mkude, son prédécesseur, feu Mgr Adrien Mkobo et l’actuel évêque de Tanga, Mgr Anthony Banzi, ont tous reçu leur formation à Bagamoyo. Tout récemment, Mgr Mkude vint à Bagamoyo pour conférer le sacrement de confirmation. Avant la célébration, il a disparu un long moment. Plus tard, en conversant j’ai compris qu’il était allé prier au cimetière de la paroisse et à la grotte construite par les anciens esclaves en 1876. Il semble que ces deux endroits, qu’il avait connus comme petit séminariste à Bagamoyo, lui avaient laissé une impression indélébile.

Les méthodes pastorales dont il est question plus haut montrent à la fois le dynamisme et l’évolution du travail missionnaire des Spiritains à Bagamoyo, concernant l’évangélisation et l’éducation. Les Spiritains se sont aussi intéressés à d’autres domaines, par exemple la science, la géographie, l’histoire naturelle, l’ethnologie, l’anthropologie, la linguistique et la botanique. Le Père Charles Sacleux fut un linguiste respecté et un botaniste de réputation internationale, tandis que le Père Alexandre Le Roy fut célèbre pour ses études anthropologiques et ethnographiques, autant que pour ses habiletés artistiques. Il y a des choses que nous voyons maintenant comme allant de soi. Par exemple, ce fut le Père Horner qui importa le café de La Réunion en 1877, pour l’expérimenter à Bagamoyo, avant de le répandre à l’intérieur, où la production est parvenue à une échelle industrielle et a provoqué une révolution socio-économique dans des endroits comme Bagamoyo. Il y avait à Bagamoyo un fameux jardin botanique consacré à l’acclimatation de plantes exotiques, d’arbustes et d’arbres importés de La Réunion, de Madagascar, de l’Inde et de l’Europe[xxiv]. De telles initiatives sont non seulement inspiratrices et dignes de louanges, mais elles lancent à la jeune génération de Spiritains le défi de plus de créativité et celui de la diversification des ministères.

Avant de regarder Bagamoyo comme elle est aujourd’hui, il ne fera tort à personne de donner plus de crédit aux Spiritains pionniers de la mission de Bagamoyo dans les domaines suivants : 1)  Contribution pour la croissance et la propagation du swahili et 2) Sagesse politique.

Contribution à la croissance et à la propagation du Kiswahili

Quand les Spiritains arrivèrent à Bagamoyo, il était clair qu’ils avaient déjà fait le choix délibéré d’éviter tout prosélytisme pour ne pas provoquer les Musulmans qui étaient dominants dans la ville. C’est pourquoi, avant l’évangélisation de l’intérieur, ils limitèrent leur apostolat à l’enclave des anciens esclaves, qui étaient tous déracinés de leur milieu culturel. Cela explique pourquoi ils adoptèrent la langue swahilie et, naturellement, quelques éléments de la culture swahilie. Le swahili devint très utile et efficace quand arriva le temps de répandre le christianisme à l’intérieur. Le côté négatif  fut que les Spiritains n’ont pas investi, comme ils auraient dû le faire, dans l’apprentissage des langues locales autres que le swahili.

Il est cependant à leur honneur que certains d’entre eux aient maîtrisé parfaitement l’usage du swahili et furent capables de composer dans cette langue des manuels de prière, des catéchismes et des hymnes, qui eurent un grand succès et qui furent utilisés presque partout dans les missions, même au-delà du Tanganyika. Récemment, à l’Alliance Française à Dar es Salaam, un candidat au doctorat a présenté quelques découvertes sur le Père Sacleux, qui a été un linguiste accompli de son temps. À ce propos, Versteijnen déclare :

Le Père Sacleux a beaucoup contribué au développement de la langue swahili. Ses travaux les plus remarquables sont ses dictionnaires Français-Swahili et Swahili-Français, et sa grammaire swahili qui comprend une étude comparée des différents dialectes de la côte, … Son excellente connaissance de la langue Swahili a été très utile quand les missionnaires sentirent qu’il était temps de pourvoir les communautés chrétiennes de livres religieux.[xxv]

Il a aussi traduit en swahili des prières françaises, des livres et des hymnes. Beaucoup plus tard, feu Julius Nyerere[xxvi] a beaucoup fait pour promouvoir l’usage de cette langue comme un moyen d’unifier le pays et de façonner l’identité de la nation, récemment parvenue à l’indépendance. Indirectement, les Spiritains ont contribué à la création de la future identité nationale. Plus tard, le Père Loogman se chargea de promouvoir la langue swahili. Il a écrit d’excellents livres de grammaire swahilie et de brèves histoires[xxvii], dont quelques-unes ont été utilisées par des élèves de ma génération et qui, étonnamment, circulent encore de nos jours.

Sagesse politique

Pour survivre, les Spiritains ont dû naviguer dans des eaux politiques troubles sans se noyer. Leur position était déjà délicate à Zanzibar, où les Britanniques et les Français vivaient dans un continuel climat de suspicion, parce que chaque camp cherchait à influencer le Sultan selon son propre programme politique et économique. Même après le déménagement à Bagamoyo en 1868, la situation ne fut pas simple :

            Pour s’y établir, ils durent négocier avec les magnats locaux qui étaient la plupart  des commerçants arabes et swahilis sous la dépendance du Sultan de Zanzibar. Il fallait une grande habileté diplomatique puisque leurs intérêts étaient très différents. Ils différaient à propos de religion et de prosélytisme, à propos de commerce des esclaves et des esclaves eux-mêmes, et même à propos des alliances politiques. Pourtant les Spiritains réussirent à s’en faire des amis,…[xxviii]

Le Père Étienne Baur, supérieur, s’est distingué dans les moments de trouble comme un diplomate aguerri; sa politique de neutralité et son ouverture aidèrent à protéger la mission, tout en maintenant les valeurs missionnaires sans compromis. À preuve, la mission de Bagamoyo fut épargnée de la destruction durant les soulèvements de Bushiri en 1889. Les missionnaires étaient de crédibles intermédiaires entre les factions opposées. Grâce à leur politique de neutralité, ils purent négocier l’échange de prisonniers et assurer la libération de quelques Bénédictins allemands, qui avaient été capturés par les Arabes durant la rébellion de Bushiri[xxix].

Après 1885, les Allemands commencèrent à imposer leur règle coloniale, non sans résistance de la population locale. Bagamoyo fut pendant quelque temps la capitale de l’Afrique de l’Est allemande et le théâtre d’une violence sanglante, comme indiqué plus haut. La nomination, en 1907, de l’évêque allemand Mgr Xavier Vogt à Bagamoyo et de Mgr Aloïs Munsch à Kilimandjaro en 1910 furent des gestes diplomates de la part des Spiritains pour détendre les relations avec l’autorité coloniale allemande. Il est important de reconnaître les signes des temps. Kilaini fait avec raison l’observation suivante :

Dans l’ensemble, les Spiritains gardèrent d’un côté une cordiale relation opérationnelle avec les Allemands, et d’un autre côté s’engagèrent davantage avec le peuple local; cela leur a bien réussi. C’est une bonne leçon pour nous : travailler en toute cordialité et respect avec les gouvernements, mais rester une entité distincte d’eux et nous engager avec les peuples et leur cause.[xxx]

C’est en effet une leçon pertinente surtout dans l’Afrique actuelle où plusieurs sociétés souffrent de l’instabilité civile et politique. Nous avons tendance à oublier que dans l’exercice de notre ministère on attend de nous que nous soyons à la fois des leaders pour des questions concernant la société en général, mais sans compromettre la qualité de notre témoignage. Pouvons-nous en bonne conscience éviter les questions de Justice et de Paix et rester pertinents dans notre ministère?

Bagamoyo aujourd’hui

J’ai visité Bagamoyo pour la première fois en 1989 quand j’y ai fait le noviciat. Je dois dire que j’ai été personnellement impressionné par le jeune âge des 27 Spiritains et des 20 Filles missionnaires de Marie qui sont enterrés dans le cimetière de la paroisse. Je me suis imaginé que leur mort prématurée pourrait être aussi mon sort, si je choisissais la vie missionnaire. Plus que d’être découragé, je me suis senti inspiré par le sacrifice de leurs vies. Le curé de la paroisse de Bagamoyo, fondateur du musée paroissial, le Père Fritz Versteijnen (1970-1990) paraissait heureux malgré sa lutte contre le cancer. Son enthousiasme révélait ce que Bagamoyo signifiait pour lui, même si le complexe de la mission n’était plus que l’ombre de sa gloire d’autrefois.

Sa prière a été entendue quand la Province de l’Afrique de l’Est a nommé le Père Valentine Bayo comme pasteur de la paroisse de Bagamoyo en 1991. C’était le début d’une nouvelle ère. Depuis, plusieurs Spiritains ont apporté à Bagamoyo leurs modestes contributions : Johannes Henschel, Gallus Marandu, Daniel Bouju, Casmir Nyaki, Richard LeClair, Thamelus Mloka, Pius Onyango, Henricus Tullemans, Patience Mugisha, Liberatus Kundi, Michael Massawe, Riclan Mallya, Arnold Baijukya, Francis Kimaro and Florentine Mallya. La présence et le labeur de ces Spiritains ont donné un regain de vie à cette mission qui végétait. La Pastorale de proximité dans des chapelles pourtant éloignées, la régularité du ministère des sacrements et l’organisation de petites communautés chrétiennes sont des initiatives dignes de louange, qui ont ramené à l’Église plusieurs chrétiens, jusque-là perdus au milieu d’une population à prédominance musulmane. Pour répondre à la pression des gens récemment venus de l’intérieur et de la ville surpeuplée de Dar es Salaam, deux nouvelles paroisses sont en train d’être édifiées : l’église de l’Épiphanie à Majengo et l’église du Christ-Roi à Kerege. Il faut reconnaître que, depuis le début, la chrétienté n’avait pas bonne presse dans la population locale, car elle était associée aux anciens esclaves, et plus tard, à la colonisation. Même si Bagamoyo a toujours été une ville multiculturelle et multiethnique, l’Islam continuait à dominer sans partage. Ce n’est plus le cas. Nous pouvons croire que les choses ont commencé à changer et que le dialogue interreligieux commence lentement. Les chrétiens peuvent affirmer ouvertement leur identité religieuse.

Sans prétentions, le réseau spiritain de projets sociaux et d’éducation a apporté un réveil positif à Bagamoyo au long des vingt dernières années. Les Spiritains gèrent deux écoles secondaires, une école primaire, une école de formation professionnelle, une petite école de restauration, deux centres de santé et un dispensaire. Les chrétiens et les non-chrétiens sont également bénéficiaires de ces projets. Il est très significatif que là où se trouvait le Village Marial de la Liberté, se dresse aujourd’hui l’École Mariale des Filles, offrant une éducation de qualité à 750 étudiantes de niveau secondaire, qui sont d’origines sociales et religieuses différentes. Ces filles font sûrement l’expérience d’une nouvelle forme de libération; il faut espérer qu’émergera d’elles un noyau de citoyennes responsables.

Ne comptez pas les efforts pour revitaliser Bagamoyo”. Ce furent les paroles du Cardinal Polycarp Pengo, archevêque de Dar es Salaam aux délégués de (ce qui était) la Province de l’Afrique de l’Est au Chapitre de 2002. Le Cardinal reconnaît la maternité historique de la mission de Bagamoyo, qui a été le tremplin pour l’évangélisation de l’intérieur et est restée pendant plusieurs décennies un centre d’inspiration pour la piété catholique, l’enseignement et le savoir. C’est ce qui a rendu cette ville importante non seulement pour les Spiritains, mais aussi pour toute l’Église de l’Afrique de l’Est. La Paroisse de Bagamoyo a d’autres “actifs apostoliques”[xxxi], en plus de sa maternité historique : le musée, la grotte et le sanctuaire de Notre-Dame et aussi tout le complexe de la Mission qui peut être vu comme un musée en plein air. Récemment, les Pères Johannes Henschel, Gallus Marandu et Daniel Bouju ont essayé de rendre disponible, autant que possible, la richesse de ces “actifs apostoliques” à toute la société. Grâce à leurs efforts, la mission de Bagamoyo est reconnue comme faisant partie du réseau d’héritage national. Le Père Henschel aimait dire que le musée était sa seconde chaire, parce qu’il lui a permis le contact annuel avec plus de 30 000 visiteurs, qui ne partageaient pas nécessairement les mêmes origines culturelles ni les mêmes traditions religieuses. En relation avec le musée, il y a le Centre Spiritain, qui, en plus des programmes de formation, cherche à offrir une plateforme pour des échanges sur des questions culturelles et sur la recherche.

Finalement, du 24 juin au 22 juillet 2012, le Chapitre général de la Congrégation du Saint-Esprit se tiendra, pour la première fois, en Afrique, et précisément à Bagamoyo. C’est un juste hommage au sacrifice et à l’engagement des missionnaires spiritains qui ont travaillé à cet endroit et aussi ailleurs en Afrique. Comme nous l’avons vu plus haut, Bagamoyo est capable d’inspirer le Chapitre général, de plusieurs manières, sur des aspects fondamentaux de la mission spiritaine au XXIe siècle.

 

 



[i] Beaucoup d’encre a coulé pour essayer de trouver l’étymologie du mot Bagamoyo. Ce pourrait être une déformation du mot swahili « Bwagamoyo » qui veut dire épanche ton cœur. Rappelons qu’à ce moment historique, le swahili n’était pas encore une langue standardisée. Il y a de fait une dizaine d’endroits différents en Afrique de l’Est qui portent le même nom. Personnellement, je suis porté à croire la traduction donnée ci-haut est la bonne. Étant donné le contexte, pour moi dont la langue est le swahili, cette traduction en donne  le mieux le sens.

Le Bulletin général (Vol 6, 416) suggère la traduction : « jusque dans le cœur », en ce sens que c’est la route vers le cœur du pays (Duquesne University, http://digital.library.duq.edu1u?1cdm-general-bulletin.24234).

 

[ii] En 1703, Claude Poullart des Places fondait à Paris, en France, le « Séminaire du Saint-Esprit ». Rapidement, les prêtres formés au Séminaire ont été connus comme les Spiritains. En 1848, la « Société du Saint-Cœur de Marie », fondé par un Juif converti, François Marie Paul Libermann, s’unissait à la Congrégation du Saint-Esprit. D’où le titre officiel après la fusion : « Congrégation du Saint-Esprit sous la protection du Cœur Immaculé de Marie ».

[iii] Johannes Henschel, Missionaries of Bagamoyo, 8.

 

[iv] Ibid. 8.

 

[v] Bertrand B.B. Mapunda, “Bagamoyo, From a Slave Port to a Tourist Destination”, (Dar es Salaam: Stegerm Tanzania, 2007), 12.

 

[vi] Ibid. 12.

 

[vii] Johannes Henschel, 1868-1893 “Bagamoyo Catholic Mission: What Old Sketches and Documents Tell”. (Dar es Salaam: Top Desk Production Limited) 1.

 

[viii] Graham Mercer, “Bagamoyo-Town of Palms”, (Batu: times Offset, 2007), 32.

 

[ix] Leur Congrégation a été fondée en 1849 à La Réunion par Aimée Pignolet des Fresnes qui devint Mère Marie-Madeleine de la Croix et par le Père Frédéric Levavasseur, un Spiritan créole qui était à la fois son cousin et son directeur spirituel. Les Filles de Marie ont été de fidèles collaboratrices des Spiritains dans les Missions. Elles ont laissé la Tanzanie en 1986. Le Père Daniel Bouju est allé en 1998 à La Réunion pour négocier leur retour. Les Sœurs sont revenues en 2002 pour collaborer avec les Spiritains. Actuellement, elles ont deux communautés à Bagamoyo et une autre à Arusha. Deux jeunes Tanzaniennes se sont jointes à leur Congrégation il y a une année.

 

[x] Johannes Henschel, “The Four Methods of the Spiritans in Bagamoyo; a Short History of the Catholic Church”. Document inédit, 3 février 2011.

 

[xi] Fritz Versteijnen, “The Catholic Mission of Bagamoyo”, (Saarbrucken: A.K. Zuber & COD, 1991), 6.

 

[xii] Bulletin général (de la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie), Vol. 3 (1862-1863), pp. 4-6. Décret d’acceptation de la Mission de Zanzibar, sur les côtes orientales d’Afrique, 24 août 1862 (Duquesne University : http://digital.library.duq.edu1u?1cdm-general-bulletin,19360).

 

[xiii] Ibid. 4.

 

[xiv] Il n’est pas clair à quel moment la ville a été fondée. Mapunda suggère que Bagamoyo a gagné en importance au cours du dix-neuvième siècle, quand la route Kilwa-Zanzibar a dépéri. Le commerce des esclaves et de l’ivoire ont grandement contribué à son importance, mais il souligne aussi sa proximité avec Zanzibar. Elle devint un célèbre port de transit, la base sur le continent du Sultan, le point de ralliement des explorateurs, des trafiquants d’esclaves, des expéditions militaires et le terminus des caravanes de l’intérieur.

 

[xv] Bulletin général, vol 6 (1867-1869), pp. 415-416. Décret autorisant la fondation d’une nouvelle communauté dans la mission de Zanzibar, sous le titre de N.D. de Bagamoyo, 2 fév. 1868 (Duquesne University : http://digital.library.duq.edu1u?1cdm-general-bulletin.24233).

 

[xvi] Henry Koren, “The Spiritans”, Duquesne University, 1958, p. 196 f. et p. 222 f. Le “rêve” des Spiritains de faire la jonction avec leurs confrères du Congo a été déçu quand le cardinal Lavigerie, un influent prélat et fondateur des Pères Blancs, obtint que son plan d’évangélisation de l’Afrique centrale soit approuvé par la Propagation de la Foi à Rome. Ce n’est pas sans une certaine tristesse que les Spiritains ont aidé à la préparation des caravanes des Pères Blancs en route vers les Grands Lacs en 1878, 1879, 1883 et 1887. Puis, les Bénédictins de Saint-Otilien en firent autant en 1887 en route vers le Sud du Tanganyika. Avant la 1e Guerre Mondiale, Bagamoyo était la porte d’entrée vers l’intérieur. C’est une des raisons pour lesquelles la Conférence épiscopale de Tanzanie (TEC) a désigné Bagamoyo comme la mission mère de l’Afrique de l’Est.

 

[xvii] Versteijnen, 6-7.

 

[xviii] Johannes Henschel, “Mission Model Bagamoyo : Christian Village for Ex-Slaves and The Four Pastoral Method of the Spiritans; a short history of the Catholic church”. Documents inédits.

 

[xix] Method Kilaini : “Historical Perspective on the Missionary Arrival in East Africa, Attitudes of the Early Missionary towards the Political Situation and towards the Cultural Realities of the Time, the Tanzanian Experience, 3”. Extraits d’une causerie donnée durant le Congrès sur la Mission, au Centre de la Mission Consolata, à Dar es Salaam en novembre 2010.

[xx] Versteijnen, 18.

[xxi] Henschel : “The Mission Model Bagamoyo : Christian Village for Ex-Slaves” , 8-9.

[xxii] Versteijnen, 44.

[xxiii] Ibid. 46-47.

[xxiv] Ibid. 21-22.

[xxv] Versteijnen, 21.

[xxvi] Premier Président de la Tanzanie

[xxvii] Des livres comme “Someni kwa Furaha”,  “Someni bila Shida”, etc. devinrent des livres familiaux.

[xxviii] Kilaini, 14

[xxix] Versteijnen, 25.

[xxx] Kilaini, 5.

[xxxi] Expression empruntée au Père Daniel Boujou qui a vécu et œuvré à Bagamoyo pendant près de 15 ans. Il est décédé le 21 avril 2011. Conformément à son désir, il a été enterré au cimetière de la paroisse de Bagamoyo.

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